jeudi 12 janvier 2017

Mes films préférés de 2016 sont...


Si je ne peux résister chaque mois de janvier à l’envie de dresser la liste de mes films préférés de l’année écoulée, il m’est toujours aussi difficile de me cantonner à la limite arbitraire d’une liste de 10 films. Cette année plus que les autres encore (en tout cas depuis longtemps), beaucoup d’autres films méritent d’être mentionnés.
J’ai vécu l’année cinéma 2016 comme une grande année, et le nombre de coups de coeur n’a cessé de s’allonger au fil des mois. Je m’en rends bien compte lorsque je vois le nombre de films chers à mon coeur que je n’ai pas pu faire tenir dans ce Top 10. “Midnight Special”, “Le garçon et la bête”, “Manchester by the sea”, “Demolition”, “Juste la fin du monde”, “Kaili Blues”, “Carol”, “Zootopie”, “Diamant noir”, “Anomalisa”, “Love & Friendship”, “La tortue rouge”, “Brooklyn”, “Fais de beaux rêves” ou “Mistress America” auraient probablement pu figurer dans un de mes tops une autre année.
Mais voici les 10 que j’ai retenus parmi ceux sortis en salles en France en 2016.

1. Les 8 Salopards
Je n’avais pas ressenti une telle jubilation devant un film de Quentin Tarantino depuis “Pulp Fiction”. Personnages diablement écrits, dialogues au diapason, mise en scène explosive, “Les 8 salopards” a été un régal de chaque instant pour moi. La jubilation faite film. Le film de Tarantino est une montagne russe cinématographique qui repose entièrement sur les bases du cinéma : des personnages, des séquences, des dialogues. Peu de cinéastes sont capables d’écrire des scènes aussi longues avec une telle intensité et un cadre aussi simple qu’une poignée de personnages dans un lieu quasi clos. Et d’être capable, entre les lignes, de parler de l’Amérique contemporaine. Ça, c’est du cinéma.

2. Les délices de Tokyo J’ai souvent eu du mal à entrer dans le cinéma de Naomi Kawase. Ma surprise fut grande de sortir aussi bouleversé de son nouveau film, qui pourtant dans son premier acte semblait annoncer une oeuvre d’une douce simplicité, mais qui à mesure que son récit avance progresse vers une profondeur confondante. C’est la grâce et l’émotion qui dominent cet immense film sur la vie qu’est “Les délices de Tokyo”. Un film qui utilise les silences avec une précision incroyable, et tisse des instants de cinéma sensoriels et poétiques.
3. Premier contact Denis Villeneuve n’a pas cessé de me surprendre. Le réalisateur québécois a le don de m’électriser, après “Incendies” et “Prisoners” qui eux aussi figuraient en leur temps parmi mes préférés de l’année, et les non moins excellents “Enemy” et “Sicario”. Ici, il dresse un superbe portrait de femme en déjouant nos attentes d’un film de SF. Comme toujours, Villeneuve maîtrise à la perfection l’intangible. Il utilise les ellipses et les moments de silence, sans dialogues, comme peu de cinéastes savent le faire, pour tisser un film sur le temps, et comment celui-ci anime notre rapport au monde, et aux autres.

4. Toni Erdmann
Je n’ai toujours pas réussi à déterminer si le film de Maren Ade est une comédie triste ou un drame hilarant. Il est pourtant si rare de se trouver, comme devant “Toni Erdmann”, rire autant que pleurer dans un même film. Je ne comprendrai jamais comment un film si ambitieux, si observateur, si juste, si tendre, si féroce a pu repartir de la compétition cannoise sans le moindre prix. Qu’importe, le plus important, c’est que la réalisatrice nous ait offert un si grand film sur la vie, et la nécessité d’insuffler de la joie dans le quotidien de ceux qui ne parviennent pas à en mettre par leurs propres moyens. Mon coeur a tressauté de bonheur et d’émotion grâce à Toni Erdmann.

5. Un jour avec, un jour sans
Je sais ce que vous allez me dire, vous qui n’aimez pas Hong Sang-soo. “Mais non, il fait toujours le même film !”. Pourtant si ses films se ressemblent parfois, ne voir que des copies conformes d’un film à l’autre c’est nier l’art narratif du cinéma. Car HSS est bien un artiste de la narration, et il le prouve, peut-être plus que jamais, avec “Un jour avec, un jour sans”. Il creuse de film en film son talent de conteur qui n’a pas beaucoup d’équivalent dans le cinéma contemporain. Ici, à la manière d’Alain Resnais avec Smoking et No Smoking, mais en un seul film, HSS suit deux fois les mêmes personnages dans les mêmes situations, mais en tire deux récits bien différents, déambulations tantôt comiques, tantôt poignantes. Du grand cinéma.

6. Aquarius
Kleber Mendonça Filho confirme, après “Les bruits de Recife”, quel grand cinéaste il est déjà. Qui, cette année, a mieux filmé que lui le temps qui passe et s’insinue dans les sentiments des hommes et des femmes, d’une douce mélancolie au renforcement des caractères ? Personne. Dès le premier acte, on devine que l’on est embarqué dans un film qui va laisser des traces. Dès la jeunesse de cette femme belle et charismatique, que l’on va suivre ensuite à l’automne de la vie. C’est un magnifique portrait de femme, comme beaucoup des meilleurs films de l’année, et c’est un rôle inoubliable pour Sonia Braga, qui méritait un Prix d’interprétation à Cannes pour ce beau film lui aussi injustement oublié.

7. Comancheria
L’un des portraits de l’Amérique les plus forts de l’année est réalisé par un cinéaste britannique, David MacKenzie. Qui plus est, il utilise un genre américain par excellence, le western (certes moderne). “Comancheria” appelle à lui un pan classique du cinéma, avec cowboys, indiens et hors-la-lois, pour mieux parler de l’Amérique de 2016 entre amertume, colère et danger. Traversé de touches de bonhomie qui rendent le film particulièrement humain, “Comancheria” trace son chemin, bourru et attachant à l’image des acteurs Jeff Bridges et Ben Foster, et nous touche au plus profond.
8. The Strangers Les deux courses-poursuites urbaines que sont “The Chaser” et “The Murderer” ne nous avaient pas préparés à ce monstrueux 3ème film de Na Hong-jin. Une ambition folle se cache derrière un point de départ qui semble simple : un inspecteur enquête sur les phénomènes étranges qui se produisent dans sa petite ville de campagne. De là part une oeuvre phénoménale sur bien des plans, examinant la difficulté de combattre le mal lorsqu’il affiche un visage trop similaire au bien. Mise en scène, jeu d’acteur, atmosphère, “The Strangers” épate et nous offre des morceaux de cinéma dantesques. 

9. Elle Après 10 ans d’attente, Verhoeven débarque en France sans rien avoir perdu de sa verve et de sa perversité cinématographique jubilatoire. Tout dans le comportement des personnages de “Elle” est pensé pour pousser le spectateur à se poser des questions sur son prochain, sans jamais l’installer dans une zone de confort, sinon par l’humour ravageur qui se dégage de certaines situations, une forme de grotesque qui n’est parfois qu’une exagération de la nature humaine. C’est drôle, pervers, dérangeant, amoral, électrique. Et Verhoeven y distille, pour couronner le tout, une angoisse latente, une atmosphère étrange qui naît de l’union de son savoir-faire évident et des codes esthétiques du cinéma français. Un boulet de canon dans le cinéma.


10. Everybody wants some !
Être cool et émouvant, sur le papier, ça ne paraît pas évident, pourtant le film de Richard Linklater est la coolitude incarnée, et il apporte tellement plus qu’une simple tranche d’humour que c’en est presque insolent. Le tour de force du film, surtout pour un public qui n’a jamais connu la vie sur un campus américain dans les années 80, c’est de nous rendre nostalgique de quelque chose que l’on a pas connu, de nous transporter dans un état de grâce jamais expérimenté. Il donne vie à ses personnages avec une force jubilatoire, et insuffle en nous un état d’esprit délicieux. Une joie que l’on voudrait voir transpercer l’écran. Qui l’a transpercé, en fait.

vendredi 30 décembre 2016

Pourquoi j'ai aimé le cinéma en 2016

Une année de plus s’est écoulée. Avec elle, de nombreux films, de nombreux festivals, de nombreux spectateurs, de nombreuses salles… Tant de choses qui ne peuvent se résumer avec une simple liste des meilleurs films de l’année (qui va bientôt suivre...). Parce qu’il y a beaucoup d’autres choses, grandioses, amusantes ou anecdotiques, qui ont fait que j’ai aimé le cinéma en 2016. Alors, pourquoi ai-je aimé le cinéma en 2016 ?

Parce que le thème musical de “Carol” de Todd Haynes par Carter Burwell m’a déchiré le coeur, à chaque fois qu’il résonnait dans la salle.
Parce que la Cinémathèque a fait une rétro Hou Hsiao Hsien.
Parce que Charlotte Rampling est remarquable, dansant malgré le dégoût, dans les bras de Tom Courtenay, dans “45 ans”.
Parce que parfois, moins il y a de dialogues, mieux c’est (“The Assassin”, “La Tortue Rouge”, “Steel Flower”...).

Parce que Stanley Tucci est génial dans “Spotlight”.

Parce que “El Clan” m’a glacé le sang.

Parce que les 2 Thomas ont eu droit à leur long-métrage.

Parce que “La maison où j’ai grandi” de Françoise Hardy va tellement bien avec “Préjudice”.

Parce que Cornel ratisse le jardin avec son détecteur de métaux avec tant de science qu’il en devient comique dans “Le trésor”.

Parce qu’on a ENFIN pu voir “Midnight Special” de Jeff Nichols, et que ça valait le coup d’attendre.

Parce que Jung Jae-young est irrésistible dans l’irrésistible “Un jour avec, un jour sans” de Hong Sang-soo.

Parce que “The Finest Hours” a l’élégance d’un film d’un autre temps.
Parce qu’il faudrait un post à part entière pour lister tout ce qu’il y a de génial dans “Zootopie” (bon allez, je cite quand même le petit fennec à la voix de gangsta).

Parce qu’on ne dit pas assez à quel point Domhnall Gleeson campe la dignité mieux que personne, dans “The Revenant”, et surtout dans “Brooklyn”.
Parce que Philippe Laudenbach raconte en longueur ses souvenirs de Giscard dans “Des nouvelles de la planète Mars”.

Parce que “Peur de rien” cite judicieusement Pascal et Marivaux.

Parce que Robert Sheehan vole toutes les scènes dans lesquelles il apparaît dans “Moonwalkers”.

Parce que j’ai presque l’impression d’avoir vu le Dune d’Alejandro Jodorowsky.

Parce que John Goodman est monstrueux dans “10 Cloverfield Lane”. Dans tous les sens du terme.

Parce que les cinéastes coréens sont à l’aise dans le train, que ce soit pour filmer une horde de zombies (“Dernier train pour Busan”) ou des flics pourchassant des résistants (“The Age of Shadows”).

Parce que tout est plus beau lorsque résonne dans une salle de cinéma la chaude voix de Nina Simone.

Parce que je n’ai pas vu venir le twist de “Remember”.

Parce que Frederick Wiseman m’a fait découvrir le Queens.

Parce que je ne m’étais pas retrouvé dans la même salle que “l’homme qui rit” depuis longtemps, ce bonhomme à chapeau rose et nombreux sacs qui erre continuellement aux Halles. C’était pour “Joyeux bordel”, et il n’a ri de son rire caractéristique qu’une seule fois.

Parce qu’André Téchiné m’a donné envie d’avoir 17 ans de nouveau.

Parce qu’il y a un plan-séquence incroyable dans “Kaili Blues”.

Parce que je tombe décidément amoureux de Vimala Pons à chaque film où elle apparaît, de la Bretagne jusqu’à la jungle sud-américaine.
Parce que je ne pensais pas que Sacha Baron Cohen oserait la scène éléphantesque.

Parce que ça faisait longtemps que je n’avais pas vu Shah Rukh Khan sur grand écran.

Parce qu’il y a un peu de “Dark City” dans “Gods of Egypt”.

Parce que deux films m’ont fait pleurer à chaudes larmes, “Les délices de Tokyo” et “Premier Contact”.

Parce que j’avais tellement envie de me plonger dans ce temps de joie et d’insouciance que dépeint Richard Linklater dans “Everybody wants some” que l’écran me gênait.

Parce qu’en plus du “Voyage au Groenland”, on a pu voir Thomas Scimeca dans “Apnée” et Thomas Blanchard dans “Préjudice”.

Parce que la rencontre entre Alice et le vieux monsieur est magnifique dans “Hana et Alice”.

Parce que le réalisateur de “Men & Chicken” s’est incrusté sur l’affiche de son film.

Parce que franchement, “Warcraft” moi j’ai bien aimé.

Parce que j’ai vu Kyle Chandler chez Todd Haynes et Kenneth Lonergan.

Parce que Gabi, le cousin de Rocco, mériterait un documentaire à lui tout seul.

Parce que Paul Verhoeven a réalisé un film drôle, pervers, dérangeant, amoral et électrique. Et qu’on en attendait pas moins de lui, finalement.

Parce que “La loi de la jungle” est une ode à l’absurde.
Parce que Kirk Douglas est toujours là. Parce que Gerald monte sur son rocher, même si ce n’est que pour quelques instants.
Parce que le Woody Allen 2016 est un bon cru.

Parce que non seulement j’ai vu 4 films roumains, mais que je les ai tous aimés.

Parce que Ralph Fiennes et Ryan Gosling devraient faire plus de comédies.

Parce que Sir James Martin théorise sur les petits pois dans “Love & Friendship”.
Parce qu’Esteban est à l’accueil de la piscine de Montreuil dans “L’Effet Aquatique”.

Parce que “The Strangers” contient l’une des scènes d’exorcisme les plus grisantes que le cinéma ait jamais connu.

Parce que Michael Shannon était né pour jouer Elvis.

Parce que j’étais persuadé que je n’aimerais pas “Juste la fin du monde”. Et que je me suis trompé.

Parce que j’ai vu un film catastrophe norvégien.
Parce que j’ai vu “Dernier train pour Busan” le soir de sa première mondiale, dans la grande salle Lumière du Palais des Festivals à Cannes, en séance de minuit, assis quasi juste derrière l’équipe du film.
Parce que “Le fils de Jean” est d’une pudeur désarmante.

Parce que même si “Nocturama” est vain, c’est ce que j’ai préféré de Bonello depuis… depuis… depuis toujours en fait.

Parce que j’ai testé le cinéma en Suède.
Parce que le temps passe, mais Kurt Russell reste incroyablement cool.
Parce que j’ai survécu à “Eternité” de Tran Anh Hung.

Parce que l’ouverture de “Juste la fin du monde” sur “Home is where it hurts” de Camille est éblouissante.

Parce que le temps s’écoule et les êtres vieillissent dans “Aquarius”. Parce que Noah Baumbach m'a fait découvrir Lola Kirke.
Parce que ça faisait des années que je n’avais pas vu Steve Zahn sur grand écran, merci “Captain Fantastic”.
Parce que Todd Solondz a placé un intermède musical country au milieu du “Teckel”. “Weiner Dog”, ou la chanson et les images qui te restent dans la tête pendant des jours.

Parce que je suis sorti de “Sing Street” en chantant.

Parce que Thomas ne veut jamais goûté les spécialités culinaires du Groenland. Alors Thomas (l’autre) se dévoue.

Parce que Park Chan-wook ne m’avait pas autant emballé depuis sa trilogie de la vengeance.


Parce que cette année Christophe Lambert a fait le grand écart entre les frères Coen… et le Palmashow.

Parce que le Festival de Cannes a offert l’une des plus belles compétitions de films depuis longtemps… même si tous les beaux films sont repartis bredouilles.

Parce que le cinéma d’animation m’a ébloui cette année. “Le garçon et la bête”, “Anomalisa”, “La tortue rouge”, “Louise en hiver”, “Ma vie de courgette”, “Zootopie”. Et Gerald.
Parce que personne n’a dit, ni à Robert Zemeckis, ni à Brad Pitt, que le niveau de français de ce dernier rendait totalement improbable, et impossible, que quiconque le prenne pour un français, ou même un québécois. Cela nous a offert quelques beaux fous rires.

Parce que l'amerrissage de Sully nous scotche à notre fauteuil.

Parce que l’orgie de saucisses, de pains, de bagels et autres produits du supermarché a pu avoir lieu sur grand écran en France.

Parce que la musique de Max Richter n’a jamais été si belle que dans “Premier contact”.

Parce que “Rogue One” est ce qui est arrivé de meilleur à Star Wars depuis 1980.

Parce que comme “Gerry”, “Gone baby gone” et “L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford” l’avaient déjà montré, Casey Affleck est un grand acteur.

Parce que “Steve Jobs” a prouvé que faire un bon biopic, c’est possible.

Parce que L’Etrange Festival a eu la bonne idée de projeter “Wet woman in the wind”, un “roman porno” japonais absolument divin.

Parce qu’il y a quelque chose d’ensorcelant dans “Diamant Noir”.
Parce que j’ai vu “The Thing” en version restaurée dans la grande salle du Publicis. Et “La ligne rouge” dans la grande salle du Gaumont Fauvette. Et “Les fleurs de Shanghai” dans la salle Langlois de la Cinémathèque. Et tant d’autres reprises encore. Parce que personne ne filme Kristen Stewart comme Olivier Assayas.
Parce que j’ai vu des films roumains, suédois, coréens, canadiens, irlandais, chinois, espagnols, philippins, brésiliens, polonais, belges, danois, allemands, français, japonais, colombiens, iraniens, australiens, jordaniens, singapouriens, norvégiens, vietnamiens, indiens, italiens, taïwanais, mexicains, argentins, cambodgiens et britanniques.

Parce que Jean-Paul “Plastic Man” m’a chaudement recommandé d’aller voir “The Master” à la Cinémathèque en janvier. Je compte bien suivre sa recommandation.

Parce que “Les 8 Salopards” se clôt sur “There won’t be many coming home” de Roy Orbison. Et qu’un an plus tard, la chanson me trotte encore dans la tête...

dimanche 10 janvier 2016

Mes films préférés de 2015 sont...

C’est l’exercice incontournable du début d’année, un geste innocent qui nécessite des jours de réflexion, de doutes, de changements d’avis constants qui rendent cette liste finale mouvante et le reflet le plus souvent d’un ressenti à un instant précis. J’ai l’impression de le dire chaque année, mais une semaine plus tôt ou une semaine plus tard, cette liste de mes films préférés de l’année aurait pu avoir une tête différente. Plus que jamais peut-être cette année, j’ai hésité à les classer tant je n’avais pas un long-métrage qui s’imposait plus que les autres et que la distance entre chaque film dans mon cœur est des plus courtes. Je me trouve toujours embêté par l’arbitraire que représente un Top 10.
Cette liste prend uniquement en compte les films sortis en salles en France entre janvier et décembre 2015.

Et puisque aucune liste ne me semblait refléter pleinement ce que j’ai préféré au cinéma cette année si elle commençait par un long-métrage, je triche cette année pour exprimer au mieux mon plus grand coup de cœur de l’année.
1.Inupiluk + Le film que nous tournerons au Groenland
Mon film préféré de l’année n’est pas un long-métrage. C’est la conjonction de deux courts-métrages qui ont fait fusionner en moi des émotions et des sentiments inattendus. Une envie de tout, de cinéma, d’écriture, de rencontres, de voyages. Il y a un regard sur les êtres dans ce film qui est une vraie source d’inspiration. Le long-métrage qui sera la suite des aventures des protagonistes sortira cette année. Une websérie existe déjà autour des deux Thomas. Rien ne m’a plus éclaté cette année que de rencontrer ce duo de personnages irrésistible.
2. Mustang
Il souffle sur ce premier film un vent de liberté, de beauté et de rébellion, qui se retrouve dans la mise en scène de Deniz Gamze Ergüven. L’histoire de ces cinq sœurs libres et modernes qui se heurtent à la tradition de la société s’affine  et se fait de plus en plus perçant à mesure que le scénario déroule toute sa richesse. Il finit par nous prendre aux tripes et nous émouvoir par le destin de ces jeunes filles auxquelles la jeunesse promet tout avant que la réalité ne s’impose. Mustang est un voyage beau, cruel, touchant, et malgré tout plein de promesses. 3. Hacker
Michael Mann est l’un des plus grands cinéastes américains en activité. Il n’a pas beaucoup tourné ces dernières années, on l’avait peut-être un peu oublié. Et le style visuel qu’il imprime à ses plus récents films n’a pas toujours été heureux. Pourtant il prend avec Hacker tout son sens, techno-thriller qui colle au plus près de l’action et des personnages, glissant à toute allure aux quatre coins du monde et nous plongeant dans son univers avec une grâce rarement atteinte au cinéma cette année. C’est un film d’action idéaliste, épique, romantique et politique que trop peu de gens ont vu.
4. Le Fils de Saul
La vie dans les camps d’extermination nazis n’est pas le sujet le plus évident à porter sur grand écran. Et voici qu’un jeune cinéaste hongrois est “sorti de nulle part” avec un premier film qui a d’emblée raflé le Grand Prix à Cannes, et comment la Palme a pu lui échapper m’échappe encore. Ce n’est pas tant le sujet en lui-même que le regard du cinéaste, et sa façon de filmer le quotidien d’un de ces camps qui s’est imprimé à jamais en moi et m’a fait trembler de tout mon être. Cette caméra à la fois puissante et invisible qui accroche pendant 2 heures notre destin à celui d’un déporté. L’horreur a rarement été filmée avec une telle pression, et une telle intensité. 5. Comme un avion
Il est des cinéastes dont l’univers est un enchantement personnel dans lequel on aime se plonger à chaque rendez-vous. C’est la relation que j’entretiens avec le cinéma de Bruno Podalydès, et son dernier opus confirme la tendance. A son échelle locale, le cinéma de Podalydès est un cinéma d’aventures et de mouvement. Et l’on trouve dans “Comme un avion” cette envie d’ailleurs, cette évasion qui nous fait voyager dans les rêves de personnages singuliers et toujours attachants. C’est une parenthèse enchantée qui tend vers le magique et se teinte de l’amertume de l’éphémère. 6. It Follows
A une époque le cinéma d’horreur était excitant et novateur. Il y a longtemps. Pourtant il arrive encore de temps en temps que des perles rares émergent du genre et s’imposent parmi les plus beaux exemples cinématographiques de leur époque. “It Follows” est de ces films, un modèle de mise en scène, d’atmosphère et d’intelligence, qui puise dans l’héritage de John Carpenter pour en tirer une mythologie fascinante et terrifiante où le sexe est à la fois un mal et un bien. Du cinéma remarquable et jubilatoire. 7. Max Max Fury Road
Depuis le temps que George Miller nous le promettait, ce nouveau Mad Max ressemblait à une arlésienne que l’on n'attendait plus. C’est finalement ce qu’Hollywood a eu de plus beau et de plus excitant à nous offrir cette année. Un grand film d’aventure post-apocalytpique qui sent le sable et la sueur et dans lequel on se trouve propulsé par l’abnégation de son réalisateur, qui a créé là un film à l’univers visuel réaliste par ses effets et du domaine de l’imaginaire et du merveilleux par son gigantisme et son audace. Un tourbillon de fureur et de cinéma comme on n’en espérait plus. 8. Victoria
Cela pourrait n’être qu’un exercice de style frimeur. Un plan séquence de 2h15 qui devient film. Pourtant c’est absolument remarquable. Une espagnole sortant de boîte de nuit à Berlin fait la rencontre de quatre types éméchés et dragueurs, et cette promesse comique laisse soudain place à une aventure noire en temps réel parfaitement haletante. Nous agrippant à chaque minute qui passe, l’audace et la maestria technique de Victoria se met au service du scénario et des personnages. Une expérience cinématographique emballante. 9. Les deux amis
Cela devient une tradition, je n’ai pas de Top 10 sans un film avec Vincent Macaigne et celui-là est une vraie surprise car il s’agit de la première réalisation de Louis Garrel, dont je n’ai jamais été un grand fan comme acteur et qui cette année signe un de mes films favoris et au passage se révèle excellent acteur à mes yeux (il était aussi formidable dans “Mon Roi”). Il tisse ici un film des plus singuliers sur l’amitié, avec l’énergie, les doutes et l’intensité d’une histoire d’amour. Un film dont la simplicité apparente cache une belle richesse cinématographique. 10. Citizenfour
Au-delà même de son sujet passionnant, il y a quelque chose de hautement cinématographique dans le documentaire de Laura Poitras. La réalisatrice esquisse à travers son film, intentionnellement ou non, une redéfinition du film d’espionnage à l’échelle de notre monde. Un suspense intense qui montre que l’imagination la plus folle de Hollywood n’est finalement pas incompatible avec la réalité du monde.
Ils ont manqué le Top 10 de peu et trouvent autant grâce à mes yeux que les films cités ci-dessus :
La bataille de la montagne du tigre”, pour l’ambition toujours démesurée de Tsui Hark.
Hard Day”, pour la précision de la mise en scène de séquences irrésistibles.
Youth”, pour la poésie du cinéma de Paolo Sorrentino.
Sicario”, pour ce sentiment de danger permanent qui en émane.
Inherent Vice”, parce qu’il n’y a rien de gratuit ou d’innocent chez PT Anderson.
Le voyage d’Arlo”, parce que Pixar signe là son meilleur film depuis longtemps.
Snow Therapy”, pour les questions sur la déréliction de la famille qui y sont soulevées.
Hill of Freedom”, pour la douce musique du cinéma de Hong Sang-soo
Notre petite soeur”, pour le regard toujours juste et émouvant de Kore-eda Hirokazu sur ses personnages. La vie très privée de monsieur Sim”, pour ce portrait d’homme perdu qui ne sait même pas où se chercher.
"Sea Fog", pour la précision du regard sur la vie en mer, et la folie humaine qui guette tout un chacun.

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